caroline thanh huong

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samedi 20 avril 2013

Info OGM

http://www.infogm.org/spip.php?article962




 








Quelques données extraites du no. 43 de la revue Alternatives Internationales, Juin 2009

PAYS

Aujourd'hui, les organismes génétiquement modifiés (OGM) se résument en pratique à trois cultures : soja, maïs et coton.

Parmi les populations, le taux d'acceptation est supérieurs à 65 % aux Etats-Unis, en Chine, en Inde. D'autres grands pays paraissaient majoritairement favorables aux OGM, comme le Brésil, le Canada, les Philippines ou le Mexique.
Le taux d'acceptation est en revanche inférieur à 42 % dans les pays européens (mais égale-ment au Japon ou en Russie).
Font exception quelques pays qui se montrent nettement favorables : Espagne, Portugal, Ir-lande, Bulgarie et Malte.
Le bilan ? Une seule variété, le maïs transgénique Mon810 de Monsanto, est actuellement autorisée à la culture dans l'UE.

AVANTAGES

En termes de rendement à l'hectare, les études soulignent pourtant l'apport marginal de la technologie OGM. Dans le cas du maïs, les rendements moyens aux Etats-Unis ont crû de 28 % entre 19911995 et 2004-2008, mais seuls 3 à 4 % de ce gain est imputable aux semences de maïs transgénique, l'essentiel de cette hausse étant attribuable à d'autres facteurs. L'avantage comparatif des OGM est ailleurs : la simplification du travail de l'agriculteur et la réduction des coûts de production. Dans 99 % des cas, une plante OGM présente l'une ou l'autre (ou les deux à la fois) de ces deux caractéristiques : la tolérance au glyphosate, un herbicide à large spectre, ou un pouvoir de répulsion des insectes, dû à l'incorporation d'un gène de Bacillus thuringiensis (Bt), une bactérie insecticide. La tolérance au glyphosate autorise les traitements sur une plus longue période de la croissance de la plante et permet de ne plus employer que ce seul herbicide.
Autre avantage: cela évite le recours à un désherbage mécanique. Quant aux cultures Bt, elles offrent une meilleure résistance aux attaques d'insectes et génèrent des économies d'insectici-des. En Espagne, dans la région de l'Aragon, le gain net final, s'élevait à près de 120 euros l'hectare.
Tout cela serait presque beau si ces OGM qui font lie bonheur des firmes semencières n'étaient le premier avatar d'une agriculture chimique et industrielle devenue insoutenable. Une agriculture énergivore et impropre à nourrir la planète demain, surtout si la consomma-tion mondiale de viande - qui requiert de grands espaces agricoles - devait continuer à croître indéfiniment. Et une agriculture aux graves impacts environnementaux.

INCONVENIENTS

A l'Inra un chercheur souligne le développement de mauvaises herbes désormais résistantes au glyphosate - une dizaine d'espèces aujourd'hui - lié à l'usage systématique de cet herbicide. Mêmes problèmes avec les plantes insecticides, où l'on commence à voir apparaître des in-sectes nuisibles mais devenus insensibles, ce qui impose de nouveaux traitements. Ces pro-blèmes de résistance aux substances toxiques se sont développés avec l'usage abusif de la chimie en agriculture et ne sont pas propres aux OGM. Mais ces derniers entretiennent un phénomène auquel on continue de répondre par la fuite en avant. Les semenciers, explique le chercheur de l'Inra, mettent par exemple aujourd'hui au point des variétés tolérantes à un se-cond herbicide, qui pourra s'ajouter au glyphosate pour maîtriser les mauvaises herbes rebel-les, qui développeront à leur tour de nouvelles résistances. Qu'il faudra éventuellement vain-cre par des doses de plus en plus fortes...
A ce problème, qui prend un tour inquiétant, s'ajoutent de nombreuses incertitudes, qu'il s'agisse des effets de la contamination par les OGM d'espèces sauvages et cultivées ou même de possibles effets toxiques pour l'homme, mais difficilement décelables quand les autorisa-tions, pour la consommation humaine et animale, se fondent sur des tests sur des rats de labo-ratoire limités à... trois mois.

RISQUES

Toute meilleure évaluation des risques se heurte au secret industriel. Les dossiers techniques et les informations fournis par les firmes semencières aux administrations et à leurs comités scientifiques pour autorisation ne sont pas rendus publics. Ce qui interdit la contre-expertise.
Un droit que font valoir en toute légalité des firmes en position d'oligopole - sept d'entre elles, à commencer par Monsanto, DuPont (Pioneer) et Syngenta, contrôlent 62 % du marché mondial des semences.
Non seulement ces firmes en confisquent ainsi par anticipation les éventuels profits mais elles bloquent la capacité de l'expertise publique ou indépendante à éclairer des choix nécessaire-ment politiques.

TECHNIQUE

Des OGM dans le monde dont la caractéristique introduite par transgénèse est d'être tolérant à un herbicide total, le glyphosate. Cette caractéristique permet une nouvelle méthode de dés-herbage : quand on épand le glyphosate, toutes les mauvaises herbes sont détruites mais la culture n'est pas affectée. L'un des premiers intérêts pour les farmers est que cela simplifie le désherbage. Ils utilisent un seul herbicide (au lieu de devoir en choisir plusieurs selon les plantes à éliminer). Ce soja transgénique nécessite ainsi moins de passages du tracteur et la période où l'on peut traiter est un peu plus longue. Un appréciable gain de temps, que l'agri-culteur peut consacrer à d'autres activités. Et ce soja s'associe bien avec la culture en rangs plus serrés (le passage d'un tracteur pour sarcler entre les rangs n'étant plus nécessaire). Certes, l'engagement par contrat de ne pas réutiliser sa semence la campagne suivante en ren-chérit le coût. Mais en 1996, au moment où les OGM ont les agriculteurs achetaient de plus en plus de nouvelles semences chaque année avant que la nouvelle technologie Roundup Ready [le soja tolérant au Roundup, glyphosate commercialisé par Monsanto, ndr] devienne disponi-ble. L'une des raisons de ne pas ressemer est que les firmes améliorent d'année en année leurs semences.
De plus, si la variété transgénique est un peu plus coûteuse, cela est généralement compensé par des dépenses moindres en herbicide (2).
La variété la plus utilisée sur l'exploitation est le maïs Roundup Ready, pourvu d'un gène ré-sistant au Roundup, l'herbicide le plus vendu au monde. Mais quand la pyrale du maïs est en recrudescence, le couple sème une variété dotée du gène de l'insecticide Bt pour éloigner la vorace bestiole des plants.
Les multinationales des semences « ont accru leur contrôle sur les producteurs et font des pro-fits faramineux à leurs dépens ».

EUROPE

Dès mars 1998, le gouvernement espagnol de José Marfa Aznar (Parti populaire, droite) auto-rise la mise en culture de plus de 20000 hectares de maïs Bt176, sans étude d'impact ni débat public. L'arrivée aux commandes en 2004 du Parti socialiste de José Luis Zapatero ne modifie pas la donne.
Hormis la République tchèque et la Roumanie (environ 8000 hectares chacun), c'est à peu près tout ce que l'Union européenne compte de cultures OGM.
Loin d'être une 'success story' l'exemple espagnol montre que l'agriculture classique est canni-balisée par les OGM.

En république tchèque on utilise « les tracasseries administratives ». La loi tchèque oblige en effet depuis 2002 les candidats à faire une , déclaration aux services agricoles avant le 1er mars de chaque année. A informer les agriculteurs "non-OGM" voisins. A établir une distance d'au moins 70 mètres entre cultures OGM - et non-OGM. Suivent de nouvelles obligations de déclaration une fois que le mais est semé, des formulaires à remplir, à destination, entre au-tres, du ministère de l'environnement, censé effectuer au minimum une mission d'inspection par an. Les candidats à la production d'OGM doivent même - passer un examen!

ARGENTINE

L'Argentine représentait une tête de pont idéale pour leur diffusion dans les pays du Sud et, pour l'encourager, le géant américain n'a pas enregistré de brevet sur sa semence de soja OGM. Les producteurs ont donc le droit, garanti par la législation argentine, de conserver une partie de leur récolte pour la ressemer l'année suivante - un avantage dont ils ne se privent pas. Leurs pairs nord-américains, qui doivent racheter chaque année leurs semences, s'en sont même émus.
Le soja transgénique permet en effet de se passer de désherbage mécanique, puisqu'il intègre un gène de résistance au glyphosate, herbicide de spectre large qui, dès lors, suffit à la tâche. Le contrôle des mauvaises herbes est le principal motif de son adoption par les producteurs argentins.
Du moins jusqu'en 2000, car la substance active du Roundup, le glyphosate, est tombée dans le domaine public.
Les taxes à l'export ont représenté 5,4 milliards de dollars en 2008, près de 12 % du budget de l'Etat. Pilier de l'économie du pays, le soja transgénique n'a pas pour autant tenu toutes ses promesses - dont celle d'un usage moindre des produits chimiques. « Avec le développement de la monoculture et le recours à un herbicide unique, sont apparues des mauvaises herbes résistantes, comme le sorgho d'Alep, très répandu dans le Nord-Ouest et obligeant à recourir aux anciens herbicides, coûteux et plus toxiques ». Le glyphosate lui-même doit être utilisé à des doses de plus en plus massives. Sa consommation a progressé de 210 % de 1997 à 2006
Avec le soja OGM, les traitements aériens sont devenus plus fréquents. Localement il est dé-sormais interdit , de répandre des produits agrochimiques à~ moins de 500 mètres des zones urbaines - 1500 mètres dans le cas de traitement aérien.
Une Campagne Désertée
La culture du soja est devenue hautement capitalistique. Il faut des machines puissantes, de grandes quantités de produits chimiques, du personnel peu nombreux mais qualifié. Plutôt que de cultiver eux-mêmes, les petits propriétaires ont intérêt à louer leurs terres à des grandes entreprises : les pools.

BURKINA FASO

19 février 2008. Le gouvernement ment annonce le démarrage de la culture commerciale du coton « Bt », porteur d'un gène d'une bactérie insecticide.
Ce coton permet des rendements de 20 à 30 % supérieurs aux variétés classiques et réduit le nombre de traitements insecticides de six à deux.
Monsanto n'a pas non plus lésiné sur les moyens consacrés à l'organisation de voyages d'étu-des à l'intention des décideurs et des représentants des producteurs de coton au Brésil, aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud, sans oublier les invitations de journalistes locaux à des sé-minaires d'information.
Préoccupations sanitaires. Au Burkina l'huile de coton est utilisée au quotidien par les ména-ges et où les tourteaux de coton servent à l'alimentation du bétail. On nous réplique « Chez nous, l'espérance de vie est de 47 ans, les problèmes ne sont pas les mêmes qu'au pays de José Bové. »
Les semences. Pour la première, année de mise en culture, Monsanto les a vendues à prix promotionnel. Mais la firme a d'ores et déjà annoncé qu'une réévaluation régulière de ses ta-rifs serait opérée, « compte tenu de la valeur ajoutée qu'elles représentent pour les agriculteurs ». En cas de résultats décevants, les paysans qui doivent acheter leurs semences à crédit pour-raient alors se retrouver pris au piège de l'endettement et avoir bien du mal à produire un co-ton qui fait vivre l'ensemble du pays.

Les Bonnes Années. La filière coton représente le quart du PIB burkinabé et rapporte 60 % des recettes d'exportation.
La campagne agricole 2005/2006 avait enregistré une production de coton graine de 700000 tonnes. En 2007/2008, elle était tombée à 360000 t.
En 2009, le prix international était encore en repli - 1,05 $/kilo, contre 1,90 $/kg en 2008. Elle souffre surtout de la sévère concurrence des cotonculteurs américains, dont les exportations continuent d'être largement subventionnées par Washington.

INDE

Vidarbha était autrefois « le pays de l'or blanc »; aujourd'hui, on l'appelle « le pays des suici-des ». Il y en aurait trois chaque jour parmi les paysans de la région, depuis l'introduction du coton Bt (1) en 2002 ».
Les graines de coton Bt étaient dix fois plus chères que les semences conventionnelles, avant que l'Etat n'impose à Monsanto, en 2006, de réduire ses prix de moitié. Mais en Inde, où la firme a acquis le principal semencier du pays - Mahyco - et se trouve en position dominante, le prix du coton Bt reste trois fois plus élevé qu'en Chine.
« Engrais, insecticides, semences : tous les coûts grimpent, tandis que le prix du coton est tiré vers le bas par les subventions que les Etats-Unis versent à leurs producteurs. Le coton Bt en-traîne les paysans toujours plus profond dans la misère ».
Le coton Bt s'est révélé très dépendant de bonnes conditions d'irrigation. « Or, plus de 97 % des terres du Vidarbha sont arides et non irriguées ». D'autres faits démentent les succès van-tés par les semenciers. Dans la région, les cultures ont été assaillies par les insectes, entraînant une hausse du recours aux pulvérisations. << On commence déjà à voir une résistance des in-sectes au coton Bt », affirme une étude du Central Institute for Cotton Research.
Les semenciers leur promettent chaque fois que la nouvelle variété mise sur le marché résou-dra les problèmes rencontrés lors de la précédente campagne.
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(1) Coton Bt, comportant un gène de Bacillus thuringiensis, une bactérie insecticide.


Nourrir demain 9 milliards d'hommes est un défi immense et il n'y a pas de solution simple. Les OGM n'éradiqueront pas la faim.


[ Michel Griffon, du CIRAD ] Je ne suis pas a priori hostile à l'usage en dernier recours d'OGM résistant au stress hydrique ou au sel; pas non plus à des OGM résistant à des virus. Mais à condition de beaucoup mieux maîtriser la transgénèse. A condition également de res-pecter les critères prudentiels que j'ai évoqués et qui devraient être définis de manière démo-cratique. Et à condition que ces OGM ne soient pas un bien privatif dont profitent une poignée d'entreprises et leurs actionnaires. Toutefois, avant de songer à la transgénèse pour améliorer les performances d'une plante, il faut développer les voies classiques que sont la sélection et le croisement.
Enfin et surtout, il faut sortir de la croyance selon laquelle l'amélioration de la performance de la plante, par transgénèse ou moyens classiques, est le principal levier pour amplifier les ca-pacités productives des écosystèmes
N'oublions pas que les principaux acteurs de la recherche sur les OGM sont les grandes fir-mes, qui ne servent pas précisément l'intérêt général.
Encore une fois, ce à quoi nous nous opposons, c'est à la dissémination de transgènes dans l'environnement, et au système agroindustriel auquel les OGM sont liés. , Les firmes semen-cières sont au cœur de ce système. Leur rémunération est garantie par le régime des brevets, qui interdit aux agriculteurs de ressemer librement une part de leur récolte.
Ainsi, un bien commun de notre humanité deviendrait un bien privatif. Ce qui philosophi-quement heurte mes conceptions.
Je suis également contre les brevets sous leur forme actuelle car dans le contexte d'un marché des semences dominé par une poignée de firmes, ils poussent à la constitution de monopoles.
La Chine cherche à développer actuellement des variétés de riz transgénique en s'affranchis-sant du pouvoir des firmes. Or cela ne sera,, pas possible, comme l'a souligné une étude de Greenpeace : pour construire, puis commercialiser leur riz OGM, ils devront reverser des royalties liées à l'emploi d'un certain nombre d'éléments appartenant à Monsanto.
Le problème se pose aussi pour les « OGM du futur » : des dizaines de gènes impliqués dans la résistance au changement climatique ont déjà été brevetés par des firmes privées.
Supposons qu'une firme réalise un OGM dont on puisse penser a priori qu'il est intéressant. L'équivalent de cet OGM sera difficile voire impossible à réaliser par la recherche publique, car celle-ci devra acheter le droit d'accéder à un grand nombre d'éléments déjà brevetés. Plus le temps avance, plus il y a un effet de verrouillage. Et moins la recherche publique est en me-sure de réaliser ce que fait la recherche privée, moins elle peut émettre, au nom de l'intérêt général, des avis d'experts. Seul le riche pool des universités nord-américaines dispose d'un volume de brevets qui permet un dialogue avec les firmes, c'est-à-dire un échange de droits d'accès. En Europe, il est vraisemblablement déjà trop tard. Peu à peu, le territoire potentiel de la recherche publique se restreint. C'est grave.

Inf'OGM Veille citoyenne sur les OGM www.infogm.org
UCS Union of Concerned Scientists www.ucsusa.org
CIRAD Centre de coopération internationale en recherche agronomique www.cirad.fr

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